Projet 1 — Objectivité et subjectivité dans le texte historique

Distinguer un texte historique objectif d'un texte subjectif, repérer les marques explicites et implicites de la présence de l'auteur.

يتكوّن الدرس من 9 أجزاء: 1. Deux postures d'auteur، 2. La subjectivité explicite، 3. La subjectivité implicite : les modalisateurs، 4. Récapitulatif، 5. Historien, acteur, témoin : qui parle et à quelle distance ?، 6. Fait, analyse, commentaire : les passages du texte d'histoire، 7. Le témoignage dans le texte d'histoire : discours direct et verbes introducteurs، 8. Rédiger un texte d'histoire avec commentaires et témoignages، 9. Entraînement.

1. Deux postures d'auteur

Le problème

Devant un texte historique, une question revient à chaque session : l'auteur est-il objectif ou subjectif ?

Elle paraît simple. Elle ne l'est pas, parce que la subjectivité se cache souvent derrière des mots qui semblent neutres.

Le texte historique objectif

L'auteur s'efface au profit de l'événement et des personnages. Le discours est dit objectivé.

Comment le reconnaître ? À des absences :

  • absence des pronoms de la première personne : pas de « je », pas de « nous » ;
  • absence de jugement et d'opinion ;
  • absence de modalisateurs ;
  • absence de vocabulaire mélioratif ou péjoratif.

Ce texte est écrit à la troisième personne. Il rapporte des faits, des dates et des chiffres, sans les commenter.

Un texte historique est rarement tout à fait objectif. L'énoncer comme une évidence est une faute d'analyse : il faut le vérifier sur le texte.

Le texte historique par témoignage

Ce texte est écrit par un témoin du fait historique : il rapporte des faits vécus.

Parce qu'il exprime ce qu'il a ressenti face à l'événement, son discours n'est plus objectif : il devient subjectif. Le « je », indice de l'énonciation, y est explicite.

Dans ce type de texte, le narrateur peut faire passer son point de vue et sa prise de position à travers la caractérisation des personnages et des actions : la manière dont il qualifie les uns et les autres trahit son jugement.

Tableau comparatif

| | Texte objectif | Texte par témoignage | | :-- | :------------- | :------------------- | | Personne | 3e personne | 1re personne : je, nous | | Présence de l'auteur | effacée | affirmée | | Sentiments | absents | exprimés | | Jugement | absent | présent, explicite ou implicite | | Modalisateurs | absents ou rares | nombreux | | Effet recherché | crédibilité, distance | émotion, adhésion |

Un point qui trompe les candidats

Un texte à la troisième personne peut être subjectif. L'auteur ne dit pas « je », mais il choisit ses mots : « les exactions », « le courage admirable », « un régime barbare ». Ces mots portent un jugement.

C'est ce que l'on appelle la subjectivité implicite, et c'est l'objet de la partie suivante.

2. La subjectivité explicite

Définition

La subjectivité est explicite quand l'auteur se désigne lui-même dans son texte. Elle se lit à des marques grammaticales visibles, faciles à relever. Les pronoms et les possessifs en sont les marques propres. Le lexique appréciatif, la ponctuation expressive et les figures de style, présentés plus bas, accompagnent souvent ce « je » ; employés sans lui, dans un texte à la troisième personne, ils relèvent de la subjectivité implicite (voir la grille de la partie 4).

Les pronoms personnels

| Fonction | Pronoms | | :------- | :------ | | Sujet | je, nous | | Complément | me, moi, nous |

> « Nous supportions la faim, le froid… » — le témoin s'inclut dans ce qu'il raconte.

Les adjectifs et pronoms possessifs

| Catégorie | Formes | | :-------- | :----- | | Adjectifs possessifs | mon, ma, mes, notre, nos | | Pronoms possessifs | le mien, la mienne, les miens, le nôtre, les nôtres |

> « Notre grande terreur, c'était … » — le possessif rattache le fait à celui qui parle.

Le lexique appréciatif

C'est le levier le plus fréquent, et le plus payant à relever.

| Type | Effet | Exemples | | :--- | :---- | :------- | | Vocabulaire mélioratif | valorise, loue | héroïque, admirable, glorieux, courageux, exemplaire | | Vocabulaire péjoratif | dévalorise, condamne | barbare, cruel, odieux, sanglant, méprisable |

La ponctuation expressive

  • **Le point d'exclamation** : indignation, admiration, émotion.
  • **Le point d'interrogation** (question rhétorique) : interpelle sans attendre de réponse.
  • **Les points de suspension** : émotion contenue, non-dit, effroi.

Les figures de style

Une comparaison, une métaphore, une hyperbole ne sont jamais neutres : elles orientent le regard du lecteur. Nous les étudierons en détail dans la leçon consacrée aux figures de style.

Comment rédiger la réponse

Une réponse complète relève l'indice, le nomme et l'interprète :

> L'auteur est subjectif. Il emploie les pronoms de la première personne (« nous », « notre ») et un lexique péjoratif (« terreur », « bourreaux ») qui traduit son indignation devant les sévices subis.

Trois opérations : je cite, je nomme, j'explique. Une réponse qui se contente de citer perd la moitié des points.

3. La subjectivité implicite : les modalisateurs

Définition

La subjectivité est implicite quand l'auteur ne se nomme pas mais laisse percevoir son avis. Les outils qui la révèlent s'appellent les modalisateurs.

Un modalisateur indique le degré de certitude de l'auteur à l'égard de ce qu'il avance, ou le jugement qu'il porte.

Les degrés de certitude

La certitude

| Catégorie | Exemples | | :-------- | :------- | | Verbes | j'affirme, je confirme, je garantis, je certifie, j'assure | | Adverbes | certainement, sûrement, assurément, incontestablement | | Expressions | il est clair que, il est certain que, il est évident que |

> Amina révise sans cesse ; elle réussira à coup sûr son baccalauréat.

La probabilité

| Catégorie | Exemples | | :-------- | :------- | | Adverbes | probablement, vraisemblablement, sans doute, apparemment | | Expressions | il est probable que, selon toute vraisemblance | | Mode | le conditionnel : le bilan s'élèverait à … |

Le doute

| Catégorie | Exemples | | :-------- | :------- | | Verbes | je doute, je suppose, il semble, il paraît | | Adverbes | peut-être, éventuellement | | Expressions | il se peut que, il n'est pas exclu que |

Les verbes d'opinion

Ils introduisent explicitement un point de vue : penser, croire, estimer, juger, considérer, trouver, espérer, souhaiter.

Les verbes modaux

Falloir, devoir, pouvoir.

Attention à la nuance : ces verbes ont parfois leur sens propre — l'obligation, la capacité — et parfois une valeur modale quand ils expriment une possibilité ou une hypothèse.

| Emploi | Exemple | Valeur | | :----- | :------ | :----- | | Sens propre | Il doit rembourser sa dette. | obligation | | Valeur modale | Il doit être malade. | hypothèse | | Sens propre | Il peut soulever cette charge. | capacité | | Valeur modale | Il peut pleuvoir demain. | possibilité |

Mettre l'information à distance

L'auteur peut rapporter une information sans la prendre à son compte :

  • selon des sources concordantes, d'après M. X, si l'on suit ce raisonnement ;
  • l'emploi du **conditionnel** : le nombre de victimes **serait** de … ;
  • les verbes **prétendre**, **supposer**, **affirmer** attribués à un tiers.

> Selon certains historiens, le bilan dépasserait le million de morts.

Ici l'auteur informe sans s'engager : il signale que l'information vient d'ailleurs.

4. Récapitulatif

Les outils de la modalisation en un tableau

Partons d'une phrase neutre et observons ce que chaque outil lui ajoute.

Phrase neutre : Cet automobiliste a une conduite à risque.

| Outil | Phrase modalisée | | :---- | :--------------- | | Adverbe | Cet automobiliste a réellement une conduite à risque. | | Expression toute faite | Selon toute vraisemblance, cet automobiliste a une conduite à risque. | | Verbe d'opinion | Je crois que cet automobiliste a une conduite à risque. | | Conditionnel | Cet automobiliste aurait une conduite à risque. | | Adjectif appréciatif | Cet automobiliste a une conduite condamnable. | | Figure de style | Cet automobiliste conduit à tombeau ouvert. | | Verbe modal | Cet automobiliste doit avoir une conduite à risque. | | Mise à distance | Selon certains, cet automobiliste roule trop vite. |

La modalisation, c'est l'art de nuancer son discours selon l'impression que l'on veut produire sur le destinataire.

Grille de repérage rapide

Parcourez le texte et cochez mentalement :

| Je cherche… | Si j'en trouve, le texte est… | | :---------- | :---------------------------- | | je, nous, mon, notre | subjectif, explicitement | | héroïque, barbare, admirable | subjectif, implicitement | | certainement, sans doute, peut-être | subjectif, implicitement | | je pense, il semble, je crois | subjectif, implicitement | | conditionnel de distance | subjectif, implicitement | | aucun des précédents | objectif |

Le piège classique

Un texte peut commencer objectif et devenir subjectif. C'est même le schéma habituel du texte historique à visée dénonciative : l'auteur expose d'abord les faits, puis les commente.

Quand c'est le cas, dites-le :

> L'auteur adopte d'abord une posture objective : il rapporte les faits à la troisième personne, sans jugement. Mais à partir du troisième paragraphe, la subjectivité affleure par un lexique péjoratif (« … ») qui traduit sa condamnation des faits rapportés.

Cette réponse nuancée vaut mieux qu'un « objectif » ou un « subjectif » tranché.

5. Historien, acteur, témoin : qui parle et à quelle distance ?

La question qui ouvre l'analyse

Dans la deuxième séquence, le fait d'histoire est présenté avec des commentaires et des témoignages. Avant de chercher la subjectivité, il faut répondre à une question simple : qui parle, et quelle relation a-t-il avec l'événement ?

Trois postures d'énonciateur

| Énonciateur | Relation avec le fait | Indices typiques | | :---------- | :-------------------- | :--------------- | | L'historien | il n'a pas vécu le fait ; il l'étudie après coup, à partir de documents | 3e personne, sources citées, analyse des causes | | L'acteur | il a pris part au fait, il en a été un protagoniste | «je», «nous», récit de ses propres actions | | Le témoin | il a vu ou subi le fait sans le diriger | «j'ai vu», «je me souviens», détails perçus |

Comparez ces trois phrases d'exemple, rédigées pour la leçon :

> «D'après les archives consultées, la réunion se tint dans un village de montagne.» — un historien, qui s'appuie sur des documents. > «J'étais chargé de guider le groupe jusqu'au point de rendez-vous.» — un acteur, qui raconte ce qu'il a fait. > «De la fenêtre, j'ai vu les soldats fouiller chaque maison de la rue.» — un témoin, qui raconte ce qu'il a vu.

L'acteur et le témoin disent tous deux «je» : la différence tient à leur rôle dans l'événement, que révèlent les verbes d'action ou de perception.

Récit coupé et discours ancré

Le système énonciatif est l'ensemble des indices qui montrent comment l'auteur se situe par rapport à ce qu'il dit.

| Énoncé coupé de la situation d'énonciation | Énoncé ancré dans la situation d'énonciation | | :----------------------------------------- | :------------------------------------------- | | 3e personne | je, nous, vous | | passé simple, imparfait | présent d'énonciation, passé composé, futur | | «ce jour-là», «le lendemain», «en 1962» | «aujourd'hui», «hier», «ici», «il y a soixante ans» | | c'est le récit des faits | c'est le discours de l'auteur |

Le texte d'histoire commenté alterne souvent les deux :

> «Le 5 juillet 1962, la foule envahit les rues d'Alger. Aujourd'hui encore, nous gardons en mémoire ces images de joie.»

La première phrase est un récit coupé ; la seconde est un commentaire ancré dans le présent de l'auteur («aujourd'hui», «nous»).

Le degré de distanciation

On peut placer un texte sur une échelle :

  • **distance maximale** : une chronologie de dates, sans commentaire ;
  • **distance moyenne** : un récit accompagné d'explications et d'analyses ;
  • **distance faible** : un récit personnel, avec émotions, jugements et prises de position.

Situer l'auteur sur cette échelle, c'est mesurer son degré d'implication.

Comment répondre

> «L'auteur est un acteur de l'événement : il emploie la première personne («nous avons transporté») et raconte ses propres actions, ce qui réduit la distance avec les faits.»

6. Fait, analyse, commentaire : les passages du texte d'histoire

Un texte hétérogène

Le texte d'histoire commenté ne fait pas que raconter. Il mêle plusieurs types de passages, que la consigne demande d'identifier et de délimiter.

| Passage | Rôle | Indices | | :------ | :--- | :------ | | Narratif | raconter les faits dans l'ordre | passé simple ou présent de narration, dates, connecteurs chronologiques | | Explicatif | faire comprendre : pourquoi ? comment ? | «en effet», «car», «c'est pourquoi», «ce qui explique», lexique de la cause | | Argumentatif | juger, prendre position | modalisateurs, «il faut reconnaître», «certes… mais», lexique évaluatif | | Témoignage | faire entendre une voix | deux-points, guillemets, «je», verbe introducteur |

Fait, commentaire, réflexion

  • **Le fait** : ce qui s'est passé, vérifiable.
  • **Le commentaire** : le jugement ou l'interprétation de l'auteur sur **ce** fait.
  • **La réflexion** : une idée générale tirée du fait, souvent au **présent de vérité générale**.

Un exemple pour s'exercer

> Texte d'entraînement (texte rédigé pour cette leçon, sans auteur réel) > (1) Le 20 août 1956, des dirigeants du FLN se réunirent dans la vallée de la Soummam. (2) Le congrès dota la Révolution d'organes de direction et fixa le découpage du territoire en wilayas. (3) En effet, après près de deux ans de lutte, les régions agissaient souvent sans coordination, ce qui rendait nécessaire une direction commune. (4) Il faut reconnaître que cette rencontre, tenue en pleine guerre, fut un véritable exploit d'organisation. (5) L'histoire montre qu'aucun mouvement ne dure sans une organisation solide.

| Phrase | Type | Indices | | :----- | :--- | :------ | | (1) et (2) | narratif : le fait | date, lieu, passé simple, 3e personne | | (3) | explicatif : l'analyse | «en effet», «ce qui rendait nécessaire» | | (4) | argumentatif : le commentaire | «il faut reconnaître», «véritable exploit» | | (5) | réflexion générale | présent de vérité générale, «aucun mouvement» |

Analyse ou commentaire ?

L'analyse explique le fait : elle raisonne, mais sans chercher à imposer une opinion. Le commentaire juge le fait : il exprime une position, que l'auteur peut défendre par des arguments, en concédant parfois une idée adverse («certes… mais»).

La frontière n'est pas toujours nette : on justifie donc chaque réponse par deux indices précis.

Comment répondre

> «Le troisième paragraphe est explicatif : le connecteur « en effet » et l'expression « ce qui explique » montrent que l'auteur fait comprendre les causes de l'événement.»

On délimite le passage, on nomme son type, on cite deux indices.

7. Le témoignage dans le texte d'histoire : discours direct et verbes introducteurs

Ce qu'apporte un témoignage

Un témoignage est le récit d'une personne qui a vu ou vécu le fait. Dans un texte d'histoire, il sert à :

  • **authentifier** le fait : quelqu'un était là ;
  • **rendre concret** le récit : des détails, une voix ;
  • **émouvoir** le lecteur et entretenir la mémoire.

Il a aussi ses limites : le témoin ne voit qu'une partie de l'événement, sa mémoire peut se tromper, son émotion peut l'emporter. L'historien confronte donc le témoignage à d'autres sources.

Le témoignage rapporté au style direct

Le programme demande d'étudier les témoignages rapportés au style direct. On les reconnaît à :

  • **les deux-points et les guillemets** ;
  • **un verbe introducteur**, placé avant la citation ou en incise («raconte-t-elle») ;
  • **le système énonciatif du témoin** : «je», «nous», présent, passé composé.

> Exemple (texte rédigé pour cette leçon ; le témoin est fictif) > Une habitante d'Alger, adolescente en décembre 1960, se souvient : «Ce matin-là, j'ai vu mon père sortir le drapeau caché sous le matelas, et toute la rue est descendue vers le centre.»

Du direct à l'indirect

Au style indirect, les paroles entrent dans la phrase de l'auteur : subordonnée introduite par «que», changement des pronoms et, si le verbe introducteur est au passé, des temps.

| Verbe introducteur | Transposition | | :----------------- | :------------ | | au présent : «Elle raconte…» | «… qu'elle a vu son père sortir le drapeau.» | | au passé : «Elle raconta…» | «… qu'elle avait vu son père sortir le drapeau.» |

Le style direct est plus vivant et plus authentique ; le style indirect est plus distancié. C'est lui qu'on emploie dans un compte rendu : «Un témoin raconte que…».

Le verbe introducteur n'est jamais innocent

| Verbes neutres | Verbes qui orientent la lecture | | :------------- | :------------------------------ | | dire, raconter, déclarer, préciser, expliquer, se souvenir | prétendre (doute), avouer, reconnaître (aveu), s'indigner, déplorer (émotion) |

«Il prétend que…» met en doute la parole rapportée ; «il reconnaît que…» en fait un aveu ; «il raconte que…» reste neutre. Relever ce verbe permet donc de mesurer la position de l'auteur.

Les procédés d'authentification

Pour rendre le témoignage crédible, l'auteur précise l'identité du témoin (nom, ou âge, fonction, lieu de vie), les circonstances du témoignage (entretien, mémoires, lettre), la date et le lieu des faits.

Une règle d'honnêteté

Dans votre production, n'attribuez jamais à une personne réelle des paroles qu'elle n'a pas prononcées. Un témoin imaginé reste anonyme et se présente comme tel.

8. Rédiger un texte d'histoire avec commentaires et témoignages

La situation de production

> «Dans le cadre de la commémoration d'une date historique, présentez un fait marquant de l'histoire de votre pays en y introduisant vos commentaires et le témoignage d'une personne qui l'a vécu.»

On attend un texte qui informe (des faits exacts), commente (une position justifiée) et fait entendre une voix (un témoignage bien intégré).

Le plan

| Partie | Contenu | | :----- | :------ | | Introduction | situer le fait : date, lieu, contexte ; annoncer son importance | | Développement 1 | raconter les faits dans l'ordre chronologique | | Développement 2 | insérer le témoignage, puis en tirer le sens | | Développement 3 | expliquer les conséquences et prendre position | | Conclusion | une réflexion générale sur ce que ce fait enseigne |

Les règles à respecter

  • **Les faits d'abord** : le commentaire ne remplace jamais l'information exacte.
  • **Signaler le commentaire** : «à notre avis», «il convient de souligner que», «force est de constater que».
  • **Justifier la position** : un jugement sans argument ne vaut rien.
  • **Doser la subjectivité** : quelques modalisateurs bien choisis plutôt qu'une exclamation à chaque ligne.
  • **Intégrer le témoignage** : présenter le témoin, deux-points, guillemets, puis une phrase qui l'exploite («Ce souvenir montre que…»).
  • **Rester honnête** : un témoin inventé reste anonyme et présenté comme tel.

Exemple de production

> Exemple (texte rédigé pour cette leçon ; le témoin est fictif) > En décembre 1960, alors que le général de Gaulle effectuait une visite en Algérie, des milliers d'Algériens manifestèrent à Alger, puis dans d'autres villes, en brandissant le drapeau algérien et en réclamant l'indépendance. Les manifestations furent réprimées et firent de nombreuses victimes. Un habitant d'Alger, écolier à l'époque, raconte : «Nous chantions dans la rue et, pour la première fois, nous n'avions plus peur.» Ce souvenir montre que la mobilisation dépassait les seuls militants : des familles entières y prirent part. Il convient de souligner la portée de ces journées : quelques jours plus tard, l'Assemblée générale des Nations unies reconnut le droit du peuple algérien à l'autodétermination. Certes, la guerre dura encore plus d'un an ; mais, à notre avis, ces manifestations marquèrent un tournant décisif. Un peuple qui parle d'une seule voix finit par être entendu.

On y repère le récit au passé simple, le témoignage au style direct suivi d'une phrase qui l'exploite, un commentaire signalé («il convient de souligner», «à notre avis»), une concession («certes… mais») et une réflexion au présent de vérité générale.

Grille d'auto-évaluation

  • Les faits sont-ils exacts, datés et situés ?
  • Le témoignage est-il annoncé, ponctué et exploité ?
  • Chaque commentaire est-il signalé et justifié ?
  • La conclusion propose-t-elle une réflexion, sans exclamation inutile ?

À l'oral

Pour réagir à un document d'histoire ou raconter un fait en le commentant, on annonce le fait en une phrase, on le raconte brièvement, puis on donne son avis avec une justification : «Ce document m'a appris que…», «ce qui me frappe, c'est…», «à mon avis, ce fait montre que…».

9. Entraînement

Questions type BAC et réponses modèles

1. L'auteur est-il objectif ou subjectif ? Justifiez votre réponse par deux indices.

> L'auteur est subjectif. Deux indices l'attestent : l'emploi des pronoms de la première personne (« nous », « notre »), qui l'implique dans son propre récit ; et un lexique péjoratif (« terreur », « bourreaux »), qui exprime sa condamnation des faits rapportés.

2. Relevez quatre modalisateurs et précisez ce qu'ils expriment.

> « Certainement » et « il est évident que » expriment la certitude ; « peut-être » et « il semble » expriment le doute. > > Présentez ce relevé sous forme de tableau si le sujet le permet : c'est plus lisible et plus rapide à corriger.

3. « Le bilan de cette répression s'élèverait à des milliers de victimes. » Que traduit l'emploi du conditionnel dans cette phrase ?

> Le conditionnel met l'information à distance : l'auteur rapporte un chiffre sans le prendre à son compte, faute de pouvoir le vérifier. Il informe tout en marquant sa prudence.

4. Relevez le champ lexical de la souffrance et dites quelle est sa fonction dans le texte.

> Champ lexical de la souffrance : « faim », « froid », « peur », « torture ». > > Fonction : il sert la visée dénonciative du texte ; en accumulant ces termes, l'auteur émeut le lecteur et l'amène à condamner les faits rapportés.

5. Transformez cette phrase objective en phrase subjective : « Le nombre de manifestants a dépassé les prévisions. »

> Il est incontestable que le nombre de manifestants a largement dépassé les prévisions les plus optimistes.

6. L'auteur est-il un témoin direct ou rapporte-t-il le témoignage d'autrui ? Justifiez.

> L'auteur rapporte le témoignage d'autrui : il introduit les paroles d'une tierce personne par un verbe de parole et des guillemets, et se maintient lui-même à la troisième personne.

Exercice d'application

Relevez, dans le texte que vous étudiez, deux marques explicites et deux marques implicites de subjectivité, puis rédigez en trois lignes une réponse qui les cite, les nomme et les interprète.

À retenir en une phrase

> La subjectivité est explicite quand l'auteur se montre (je, nous, mon), et implicite quand il se cache derrière ses mots (lexique appréciatif, modalisateurs, conditionnel).

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